lundi 27 avril 2009

Au fond de la bibliothèque...


"Dans la craie de l'école il y a une machine à coudre; les petits enfants secouent leurs boucles de papier argenté. Le ciel est un tableau noir sinistrement effacé de minute en minute par le vent. "Vous savez ce qu'il advint des lis qui ne voulaient pas s'endormir" commence le maître, et les oiseaux de faire entendre leur voix un peu avant le passage du dernier train. La classe est sur les plus hautes branches du retour, entre les verdiers et les brûlures. C'est l'école buissonnière dans toute son acception. Le prince des mares, qui porte le nom d'Hugues, tient les rames du couchant. Il guette la roue aux mille rayons qui coupe le verre dans la campagne et que les petits enfants, du moins ceux qui ont des yeux de colchique, accueilleront si bien. Le passe-temps catholique est délaissé. Si jamais le clocher retourne aux grains de maïs, c'en sera fini des usines même et le fond des mers ne s'illuminera plus que sous certaines conditions. Les enfants brisent les vitres de la mer à cette heure et prennent des devises pour approcher du château. Ils laissent passer leur tour dans les rondes de nuit et comptent sur leurs doigts les signes dont ils n'auront pas à se défaire. La journée est fautive et s'attache à ranimer plutôt les sommeils que les courages. Journée d'approche qui ne s'est pas élevée plus haut qu'une robe de femme, de celles qui font le guet sur les grands violons de la nature. Journée audacieuse et fière qui n'a pas à compter sur l'indulgence de la terre et qui finira bien par lier sa gerbe d'étoiles comme les autres quand les petits enfants rentreront, l'oeil en bandoulière, par les chemins du hasard. Nous reparlons de cette journée entre haut et bas, dans les cours royales, dans les imprimeries. Nous en reparlerons pour nous en taire."


André Breton, Poisson soluble

La définition du lundi

On utilise souvent des mots sans les connaître vraiment.
Suite à une interrogation collective, puis consultation du Petit Robert il y a à peine 2 minutes, je puis affirmer que le terme de bringue signifie "cheval mal bâti". (Oui, il existe un terme spécifique pour les chevaux mal bâtis, c'est comme ça.)
Ainsi, lorsque vous apostrophez affectueusement votre fille, soeur ou autre, en la traitant de grande bringue, sachez quand même que vous la traitez de grand cheval mal bâti (et par extension, grande fille dégingandée).
C'est important (ou pas) de savoir également que dégingandée ne prend pas de u après le premier g, le premier g de dégingandée se prononçant donc j...
Moi, j'avais toujours dit "déguingandée".
On n'en apprend tous les jours...

dimanche 26 avril 2009

Mantes la Ville, dimanche matin

Mantes je t'apprivoise, lorsque de bon matin la tête embrumée je retraverse tes rues endormies, quand seuls les oiseaux affairés dans tes petits jardins couvrent la rumeur lointaine, quand là-bas apparaît la collégiale sous les nuages et que de fines gouttes de pluie commencent à tomber.

vendredi 24 avril 2009

L'écho de Mathilde

Extraits:

LE PIGEON

Ventre nourri de grain, descends de ce côté,
Ventre saint gris de pigeon...

Comme un orage pleut, marche à très larges serres,
Surplombe, empiète le gazon,
Où d'abord tu as rebondi
Avec les charmants roucoulements du tonnerre.

Déclare-nous bientôt ton col arc-en-ciel...

Puis envole-toi obliquement, parmi un grand éclat
d'ailes, qui tirent, plissent ou déchirent la couverture de
soie des nues.


LE PLATANE

Tu borderas toujours notre avenue française pour ta simple membrure et ce tronc clair, qui se départit sèchement de la platitude des écorces,
Pour la trémulation virile de tes feuilles en haute lutte au ciel à mains plates plus larges d'autant que tu fus tronqué,
Pour ces pompons aussi, ô de très vieille race, que tu prépares à bout de branches pour le rapt du vent,
Tels qu'ils peuvent tomber sur la route poudreuse ou les tuiles d'une maison...Tranquille à ton devoir tu ne t'en émeus point:
Tu ne peux les guider mais en émets assez pour qu'un seul succédant vaille au fier Languedoc
A perpétuité l'ombrage du platane.


LA RADIO

Cette boîte vernie ne montre rien qui saille, qu'un bouton à tourner jusqu'au proche déclic, pour qu'au-dedans bientôt faiblement se rallument plusieurs petits gratte-ciel d'aluminium, tandis que de brutales vociférations jaillissent qui se disputent notre attention.
Un petit appareil d'une "sélectivité" merveilleuse! Ah, comme il est ingénieux de s'être amélioré l'oreille à ce point! Pourquoi? Pour s'y verser incessamment l'outrage des pires grossièretés.
Tout le flot de purin de la mélodie mondiale.
Eh bien, voilà qui est parfait, après tout! Le fumier, il faut le sortir et le répandre au soleil: une telle inondation parfois fertilise...
Pourtant, d'un pas pressé, revenons à la boîte, pour en finir.
Fort en honneur dans chaque maison depuis quelques années - au beau milieu du salon, toutes fenêtres ouvertes - la bourdonnante, la radieuse seconde petite boîte à ordures!

Francis Ponge, Pièces
(Petite note personnelle à propos de LA RADIO: il parle de France Inter là, non?...)

jeudi 23 avril 2009

J'aime-pas-les-commerciaux-

Dégage tes sales tentacules de là, tu pues le parfum industriel
M'approche pas recule d'un pas, m'appelle pas par mon prénom on se connait pas
Me regarde pas droit dans les yeux avec ton regard-d'acier-faussement-bienveillant, on me la fait pas à moi, ta carte de visite tu peux te la foutre dans ton attaché-case, j'm'en fous j't'appelerai jamais, qu'est-ce que tu veux que je te raconte? Qu'est-ce que tu veux essayer de me refourguer avec tes airs mielleux et ta chemisette repassée? Casse-toi
Les gens comme toi j'ai rien à leur dire, tu le sais hein tu veux me déstabiliser avec ta poigne de fer et ton sourire-d'acier-faussement-bienveillant, mais moi je sais, je sais que t'es pas un humain, juste un robot cloné au service d'une multinationale, tu "passais là par hasard" que tu dis, mais dégage sale cyborg! Dégage!

Dans ta maison

On est chez toi et je ne te connais pas encore. Chez toi je m'y sens bien.
Chez toi je m'y sens mieux que chez moi, parce-que je découvre que la chaleur existe.
Chez toi j'ai découvert que la chaleur, dans mon modeste logis, pouvait entrer.

mercredi 15 avril 2009

Jour de chance

La nuit dernière, 1h38.

Tâtonnements dans le noir pour tenter de trouver la lampe de chevet.
Lorsque je regagne mon lit après être allée chercher un "twibio" (faim nocturne!), j'aperçois, sur le bord du lit contre le mur, une araignée immobile.
"Et merde!", me dis-je. L'araignée dépasse de loin la taille de pattes réglementaire pour que je puisse envisager avec elle une cohabitation pacifique.
Je décide d'aller chercher un verre et me saisis du dernier numéro de La Hulotte sur les frelons, puis m'approche doucement de l'araignée qui n'a pas bougé d'un millimètre.
Evidemment, je la loupe et elle disparaît sous le lit.
Je m'imagine poireautant deux heures durant, mon verre d'une main et La Hulotte de l'autre. Mais la patience me faisant défaut à cette heure tardive, je décide d'opter plutôt pour le Clac'insectes.

Pschhhhhhh.......Pschhhhhhhh.......Pschhhhhhhhhhhhhhh.....................(léger sentiment de honte m'assaillant )
"J'aime l'araignée et j'aime l'ortie,
Parce-qu'on les hait;
Et que rien n'exauce et que tout châtie
Leur morne souhait(...)", disait Victor Hugo.

L'air est devenu totalement irrespirable. Je barricade l'entrée de ma chambre avec du répulsif, puis vais me recoucher, cette fois dans le clic-clac.
Bizarre impression d'être invitée chez moi.
"BZZZZZZZZZ", fait le compteur au dessus de ma tête. Mais je parviens tout de même à me rendormir.

Ce matin, de bonne heure.
Après un petit-dèj un peu austère, économies obligent, je décide de profiter de l'occase pour "ranger ma chambre".
J'ouvre grand la fenêtre, soulève draps et couvertures, puis le matelas, balaye toute la poussière. Mais pas la moindre trace d'araignée, rabougrie ou vivante.
J'en conclus qu'elle a dû aller se planquer dans un quelconque interstice.
Mais je continue malgré tout de balayer la pièce qui se trouve être dans un état relativement innommable.
Et c'est là que, soulevant mon sac à dos posé dans un coin pour virer les moutons de poussière entassés dessous, je découvre mon araignée, planquée dans un des seuls endroits épargnés par l'attaque de la nuit dernière.
Elle file aussitôt vers le lit. Je retourne chercher mon verre et La Hulotte, et là, j'arrive enfin à l'attraper, sans pousser de hurlements ridicules. Puis je lui rends sa liberté en la jetant parmi l'herbe et les pissenlits.
"C'est ton jour de chance arachnide!", lui lancé-je avant de refermer la fenêtre.

samedi 11 avril 2009

Pour M.

COMPLAINTE DE LA MER...

Complainte de la mer
dans le fracas du vent
Tout ce qu'elle vocifère
et qu'elle chante en rêvant
dans les sables mouvants
Tout ce qu'elle tait soudain
Silencieuse
étale
et plate calmement

J.Prévert (Soleil de Nuit)

jeudi 9 avril 2009

Pour La Fauvette

J'ai cru bêtement que c'était ma p'tite collègue qui l'avait écrit, ce poème. Mais non, la tricheuse! Elle a tout recopié dans un livre de Victor Hugo!!!
Gnark gnark gnark...


Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe,
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleurs.

-Victor Hugo - "Les contemplations"

lundi 6 avril 2009

Retour

Par dessus la Seine ensoleillée
je me suis retournée et j'ai vu
ces belles falaises sauvages un peu plus loin
ces instants de répit restés là-bas
dans l'herbe au milieu des buissons en fleurs
Train, file vite,
que je retrouve mon aujourd'hui

Souvenir doré de l'école primaire

EN SORTANT DE L'ECOLE

En sortant de l'école
nous avons rencontré
un grand chemin de fer
qui nous a emmenés
tout autour de la terre
dans un wagon doré
Tout autour de la terre
nous avons rencontré
la mer qui se promenait
avec tous ses coquillages
ses îles parfumées
et puis ses beaux naufrages
et ses saumons fumés
Au-dessus de la mer
nous avons rencontré
la lune et les étoiles
sur un bateau à voiles
partant pour le Japon
et les trois mousquetaires des cinq doigts de la main
tournant la manivelle d'un petit sous-marin
plongeant au fond des mers
pour chercher des oursins
Revenant sur la terre
nous avons rencontré
sur la voie de chemin de fer
une maison qui fuyait
fuyait tout autour de la terre
fuyait tout autour de la mer
fuyait devant l'hiver
qui voulait l'attraper
Mais nous sur notre chemin de fer
on s'est mis à rouler
rouler derrière l'hiver
et on l'a écrasé
et la maison s'est arrêtée
et le printemps nous a salués
C'était lui le garde-barrière
et il nous a bien remerciés
et toutes les fleurs de toute la terre
soudain se sont mises à pousser
pousser à tort et à travers
sur la voie du chemin de fer
qui ne voulait plus avancer
de peur de les abîmer
Alors on est revenu à pied
à pied tout autour de la terre
à pied tout autour de la mer
tout autour du soleil
de la lune et des étoiles
A pied à cheval en voiture et en bateau à voiles.

(J. Prévert, Histoires)

(Et comme le chantait Bourvil: "à pied, un deux, à cheval, hi-han, à cheval et en voiture"...)


dimanche 5 avril 2009

Tentacules internétiques

Lu dans le dernier numéro du journal La Décroissance, dans une page intitulée "Contre la wifisation du monde":

"Ubiquité
La wifisation permet d'être partout connecté tout étant nulle-part présent. Regardez ces zombis qui parcourent leurs vies un casque sur la tête, regardez ces chimères qui hantent les trains un ordinateur portable sans cesse allumé, regardez ces deux personnes qui se parlent tout en tapotant chacune sur le clavier de leur portable...Etre ici et ailleurs. Partout et nulle-part."

Voilà qui résume assez bien le monde de tarés dans lequel nous vivons. "Partout et nulle-part".

No comment

Le temps
mène la vie dure
à ceux qui veulent le tuer.

(J. Prévert, Fatras)