samedi 26 décembre 2009

Retour

Où suis-je? Un peu entre deux chaises.

samedi 20 juin 2009

Le chat à triangle

Qui donc est ce chat à triangle, sortant de nulle-part et déambulant sur le muret?
Où court-il, vers ce bouleau peut-être, croquer quelque menu oiseau? Pourquoi arrête t'il soudain sa course, m'apercevant par la fenêtre, seule chez moi?
Nous nous observons alors, moi l'interrogeant du regard, lui remuant la queue mécontent, mais de quoi?
Pourquoi s'arrête t'il toujours, sauvage, le chat à triangle?

Un "rêve" de la nuit dernière

C'est la nuit je me lève - sur le carrelage court un gros cafard marron. Je me saisis d'un verre et réussis à l'emprisonner et pourtant il courait vite. Quelques minutes plus tard je m'aperçois qu'il y a au moins 10 cafards crevés par terre.

lundi 15 juin 2009

Mauvais jour

Dévastation, désolation, laisser-aller
Ennui, qu'est-ce que j'peux faire, j'sais pas quoi faire
Herbes folles, animaux cassés laissés là
Tourne en rond, tourne en rond, comment me sortir de là?
Répétition, répétition, dialogue de sourds
Rancoeur mal cachée, j'm'en fous j'm'en fous, j'peux rien y faire j'écoute pas j'regarde pas
J'écoute pas mais j'écoute je sais mieux que vous
Poussière humidité mauvais état oui oui oui je sais arrête de m'prendre la tête cinq minutes
Tout inachevé rien de commencé pas la vie pour de vrai
Ecoute-moi parle-moi où es-tu passée
Agacement ennui ennui ennui
Malsain abandon partiel survie, passé tout le temps là
Angoisse en sourdine dans les murs
Train train train train vite

dimanche 14 juin 2009

Interrogations ferroviaires

"Tu vas encore être en retard", qu'il me dit, alors qu'il n'est que 8h15 et que le train part 50 minutes plus tard.
Malheureusement, il a raison. J'ai beau le savoir, à chaque fois ou presque, je cours pour avoir mon train. Il s'en étonne, mais moi non plus, je ne sais pas d'où ça vient, c'est un mystère. Le temps passe plus vite à partir d'une certaine heure, et arriver à la gare à l'heure devient un défi.
Je cours donc péniblement, mal au dos et des courbatures, pas assez dormi, dans la rue déserte, la voie ferrée en contrebas. Je me trimballe, en plus de mes affaires, 2 kg de sucre dans mon sac en bandoulière. C'est pas bien lourd mais mon sac rempli à ras bord entrechoquant mon pauvre corps courbaturé, tentant de courir le plus longtemps possible, me donne certainement l'air encore plus ridicule (ou misérable, voire les deux)...

Je monte en sueur dans le train, 5 minutes avant le départ. Le temps m'a joué un tour inhabituel: il est passé super vite tant que je n'étais pas partie, puis là, me narguant sans que je m'en rende compte, ricanant avec son pote le soleil, il s'est mis à ralentir. Voilà, maintenant, j'ai pas l'air con, 5 minutes avant le départ du train. Mais j'ai plus d'énergie pour courir encore jusqu'aux guichets, faire la queue, surveiller la pendule en tapant du pied par terre.

Le "Chef de Bord" est en train de discuter avec le conducteur; j'attends qu'ils terminent, puis il voit ma mine déconfite, la sueur dégoulinant de mon front; "J'ai pas eu le temps de prendre un billet, j'ai couru depuis Mantes Station..." Ca va, le gars, c'est dimanche, il est cool, il me fait le billet au tarif normal.
Le petit autorail moderne arrive à Bréval. Je suis assise juste derrière la cabine du conducteur. La voix automatique se déclenche et annonce: "Mesdames et Messieurs, dans quelques instants Notre Train [à cet instant le Chef de Bord s'étonne, l'air un peu amusé: "tiens, il a trouvé le code pour déclencher l'annonce!"] arrivera en gare de Mantes la Jolie, terminus de ce train. Nous espérons que vous avez effectué un agréable voyage et espérons vous revoir bientôt à bord de nos TER".
Là, Monsieur le Chef de Bord voit bien qu'il y a un problème, ouvre la porte de la cabine, prend le micro et annonce aux 3 clampins présents dans la rame que "Mesdames Messieurs je vous confirme que ce train est à destination d'Evreux et qu'il dessert Bréval et Bueil". En ressortant de la cabine pour commencer à contrôler les titres de transport des 3 clampins, il a l'air soulagé d'avoir rattrapé le coup.

Au moment où j'aperçois le conducteur du train, je suis très déçue: il n'est même pas habillé en cheminot! Il a l'air maussade et est vêtu d'un jogging, comme s'il s'apprêtait à regarder Téléfoot. C'est pas comme ça que je m'imagine le conducteur de train. Enfin c'est dimanche, on peut peut-être l'excuser. Encore que...

Je ne sais pas si c'est le mal de dos, les courbatures, la course après le temps de ce matin, mais j'ai très mal à la tête et la nausée, ce qui m'empêche de faire quoi que ce soit. Je reste donc avachie à regarder l'air hagard par la vitre, en attendant que ça passe. J'ai alors tout le loisir de regarder les panneaux de signalisation ferroviaire.
Je peux constater la présence de plusieurs panneaux sur fond noir annonçant la lettre "S". Si je me souviens bien, ça veut dire que le mécanicien (ou le conducteur parce-que franchement, l'autre en jogging je peux pas l'appeler un mécano), doit siffler, ce qui signifie en langage moderne, non pas siffloter un petit air, mais donner un coup d'avertisseur sonore. Pourquoi? Ca j'ai oublié...Je crois me souvenir que ce panneau est devenu assez rare et qu'on ne le rencontre que sur les petites voies de cambrousse mais là aussi, j'ai oublié la raison. (Shame on me!)
A plusieurs reprises, j'entends un bref signal provenant de la cabine. Ca ressemblerait à une sonnerie de téléphone antique atténuée par une sourdine. Malgré mon état, je m'interroge sur la signification de ce signal. Je remarque qu'il intervient souvent avant que le conducteur ne "siffle". Alors là je me dis, si c'est ça, moi aussi je peux conduire des trains! Tu peux arriver la gueule enfarinée en jogging, somnoler ou lire l'Equipe, ne même pas te donner la peine de regarder les panneaux et attendre que le petit signal te réveille!
On arrive à proximité d'un tunnel. Dédé "siffle", mais pas dans le bon sens. Il donne un coup d'avertisseur descendant, comme si on sortait du tunnel. Puis quand on en sort, de ce tunnel, là, il n'y a plus qu'un seul son au lieu de deux. Décidément! Payer plus de 15€ pour un tel spectacle, c'est tout de même malheureux.
Un autre panneau attire mon attention (ça n'est pas la première fois que je le remarque): sur fond noir aussi, mais cette fois c'est la lettre Z. Comme je n'ai aucune idée de sa signification, j'émets plusieurs hypothèses:
-Les cheminots s'emmerdent tellement quand ils conduisent des trains qu'ils jouent au scrabble. Mais bien vite je réfute cette idée, car quand même, avec les seules lettres S, Z, R (ça non plus je ne sais pas ce que ça veut dire!), on ne va pas loin, même en admettant qu'on soit polonais.
- Cette lettre est un diminutif de "ZZZZ", qui signifie: "C'est bon mon gars, c'est du 150 en ligne droite pendant 200 bornes, tu peux pioncer." En attendant mieux, j'opte pour cette solution.

A Evreux, je monte dans un corail blindé de bourges se rendant à Troûville Deâuville. Là, plus question d'espionner les cheminots, je suis noyée dans la masse. Mais, toujours assise à droite dans le sens de la marche, mes yeux rencontrent à nouveau un panneau "S", et je constate, médusée, que le mécanicien ne siffle pas! Je pense à ce moment me plaindre à la Direction. Déjà qu'on me fait payer plein tarif alors que suis amie d'une famille qui ne paye pas le train, alors là c'en est trop.

Enfant de Cheminot, interroge donc Ton Père...

jeudi 4 juin 2009

Pas de titre

Je suis dans une ville inconnue, derrière la vitre d'un haut immeuble. Dehors, le ciel est gris et il y a une tempête.
Par la vitre, je vois deux tours osciller sous l'effet du vent; l'une d'elle est une tour du world trade center. Et l'autre, je ne sais pas, à un moment c'est la Tour Eiffel. Elle se déforme encore plus violemment que l'autre, se tordant dans tous les sens, d'avant en arrière.
Je sais qu'il y a des gens dedans, et pourtant ces tours semblent faites de grillage.
Je ne comprends pas comment c'est possible.
Un paysage désolé d'arbres se balançant dans une tempête m'apparaît, je vois toutes les feuilles et les branches se tordre elles aussi, et pourtant elles ne cassent pas. Quelqu'un m'explique que pour les tours c'est pareil.

dimanche 17 mai 2009

Echo

J'ai trente ans aujourd'hui 8 décembre 1998 mardi
J'ai trente ans
J'ai trente ans et je n'ai jamais eu d'accident de voiture
Je n'ai jamais suivi une vraie prostituée dans une chambre d'hôtel
Je ne me suis jamais laissé pousser la barbe ni déguisé en femme
Aucun de mes parents n'est mort
Je n'ai jamais volé d'article dans les magasins
Je ne suis jamais allé en Afrique
Personne ne m'a agressé physiquement dans la rue
Je n'ai jamais tué un animal pour le manger
Je n'ai jamais fait l'amour avec deux femmes à la fois
Je n'ai jamais tué personne même si j'en ai eu envie souvent
Je n'ai pas construit de maison
Je n'ai participé à aucune guerre
D'ailleurs, j'ai même pas fait l'armée
J'ai trente ans et je suis un enfant

(Philippe Katerine, Les Créatures)

samedi 16 mai 2009

Brigitte

J'ai vingt-six ans, mais seulement quatre d'utiles.

Je ne comprends rien à rien
J'ai peur des papillons
Mon père est mort à la guerre.

Quand j'étais petite j'avais un gilet en angora rose qui s'arrêtait avant les côtes flottantes
Les vieux messieurs m'aimaient beaucoup.

Je ne crois pas à l'expérience
Je me méfie des endroits clos
Je ressens la paresse comme une maladie
J'aime les rivières jaunes.

Il faut te dire que j'ai derrière l'oreille un coin de peau extraordinairement doux
Que j'aime les laitages et les bananes très mûres
Je souhaite toujours qu'un ouragan m'emporte
C'est pourquoi je me suis attachée sur ce fauteuil avec des sangles de vélo.

J'aime toutes les histoires qui commencent par "il était une fois"
Je hais le café au lait
Avant, les garçons me frottaient toujours les oreilles
Une fois j'ai vu des chars blindés sur l'avenue d'Orléans
J'aime les rengaines d'amour et les frites me font pleurer
Sur l'eau, les bateaux me suivent toujours
Ils me font peur...ils me font peur.

J'ai vécu très longtemps ici ou là, chez des amis
Un jour j'ai cassé une table en marbre
J'aime les hommes pas rasés
J'ai souvent mal aux dents
J'ai faim quand il ne faut pas.

Voilà, tu sais tout.

(Brigitte Fontaine, Comme à la radio)

Malgré des dizaines d'écoute, je n'avais jamais entendu cette phrase: "Je souhaite toujours qu'un ouragan m'emporte/C'est pourquoi je me suis attachée sur ce fauteuil avec des sangles de vélo." JAMAIS. dingue non?


mercredi 6 mai 2009

Commentaire de texte en bonnet du forme

Le poème:

La coccinelle

Elle me dit: Quelque-chose
Me tourmente. Et j'aperçus
Son cou de neige, et dessus,
Un petit insecte rose.

J'aurais dû - mais, sage ou fou,
A seize ans on est farouche, -
Voir le baiser sur sa bouche
Plus que l'insecte à son cou.

On eût dit un coquillage;
Dos rose et taché de noir.
Les fauvettes pour nous voir
Se penchaient dans le feuillage.

Sa bouche fraîche était là:
Je me courbai sur la belle,
Et je pris la coccinelle;
Mais le baiser s'envola.

- Fils, apprends comme on me nomme,
Dit l'insecte du ciel bleu,
Les bêtes sont au bon Dieu,
Mais la bêtise est à l'homme.

Paris, mai 1830

Victor Hugo, Les Contemplations


Le commentaire:

1- "Tourmenter" est un bien grand mot pour dire "ça me fait des guilis dans le cou". Encore une petite nature. Aucun intérêt cette nana! Tu risques plus d'être emmerdé qu'autre-chose.

2- "Un petit insecte rose"! Mes connaissance entomologiques sont à peu près de niveau -1, m'enfin à ce qu'il me semble, une coccinelle c'est plutôt rouge avec des points. Parfois même qu'elles ont 7 points, ou 2 points, ça dépend des coccinelles. Même qu'il y en a des jaunes, mais je sais pas combien de points elles ont. Mais une coccinelle rose, non mais?!

3- "J'aurais dû (...) voir le baiser à son cou". Ou pas, petit vaniteux!

4- Un "coquillage" maintenant. Ce Victor Hugo, il a pas bien dû sortir souvent de son trou paumé.

5- Tiens, j'ignorais que les Fauvettes étaient si curieuses! "Ah mais r'garde cui-là, i m'a l'air pas dégourdi hein! Paraîtrait qu'il aurait jamais fait la chose! Par contre, elle...Enfin moi j'dis ça, j'dis rien hein!". Eh bien, va falloir que je vérifie cette information très surprenante auprès d'une Fauvette que je connais. (Si tu veux bien te manifester et donner ton avis! Je t'assure c'est pas compliqué t'as bien réussi une fois.)

6- "Et le baiser s'envola". Comme quoi, des fois il suffit de rien.

7- AAAHH!!!!! UNE COCCINELLE QUI PARLE!!!!!!!!

Conclusion: On fait tout un foin autour de Victor Hugo mais en vrai, il raconte un peu n'importe-quoi quand-même.

dimanche 3 mai 2009

Bribes

Mardi. Je suis en vacances. Je marche d'un pas non pressé vers l'autre gare.
Notre Train-Ver bleu avec des sièges pas confortables s'éloigne et glisse en direction de Saint-Lazare. Tiens, on peut voir le haut de mon immeuble sale en passant Mantes Station. Car c'est pas souvent que je ne m'installe pas le long de la Seine. Je suis à droite dans le sens de la marche. Déformation du sens inverse.
Je connais peu ce paysage. Le train est quasiment vide. A travers les vitres sales, j'aperçois des paysages désolés* et hostiles, des paysages de bords de voie, sous le ciel gris. On traverse à allure tranquille des campagnes dénaturées. Immensités planes et tristes, agriculture intensive. L'autoroute. Au bord, les hauteurs de drôles de pylônes, sortes d' insectes géants, des cafards peut-être, leurs trois branches partant des deux côtés du sommet, évoquant les six pattes des indésirables.
Quelque-part, des jardins ouvriers, là, un lapin tout seul au bord de la voie, plus loin, l'autoroute encore.
Vers Poissy, notre train misérable est ébranlé par un Gros Ver Vert de Marchandises.
Puis nous continuons notre chemin vers la capitale.
En passant la Garenne Colombes, on voit la Défense, et j'avais jamais remarqué. J'imagine la population bien sapée traversant les esplanades sous ces bâtiments à l'architecture que l'on dit "belle" et que je trouve glaciale. Je me sens complètement étrangère à tout cela.
On s'approche de Saint-Lazare et les immeubles décatis s'érigent sous le ciel menaçant.
Je passe le temps jusqu'à 13h.
Métro ligne 12. Empruntée il y a quelques années vers le Nord, un an durant vers le Sud à Notre-Dame des Champs. Lamarck je t'aimais mieux quand tu étais moche et que tu n'avais pas perdu ton Caulaincourt. Ligne 12, tes rails hurlent toujours cependant, et c'est tant mieux comme ça.
Au bout d'un wagon, ce message en grand caractère, agressif, de chaque côté des strapontins: "DEVENEZ RADINS, DEVENEZ RADINS"
Il s'agit bien d'une publicité.
Jules Joffrin. Je ne me souvenais plus que c'était là. Dans la rue Ordener je rentre dans une boutique où l'atmosphère anonyme parisienne n'est pas de mise.
(...)
J'arrive à temps à la gare de Lyon. Il est à peine 13h. Je trouve enfin le panneau des arrivées tout au bout, cherche le train en provenance de Grenoble. Les cliquetis du vieux panneau d'affichage tardent à afficher la voie.
Quelques instants avant l'arrivée du TGV, le panneau annonce la voie N.
La voie N, c'est un peu le quai fantôme, à l'écart des autres, tout à droite, dans la pénombre.
La gare est calme et on est à peine plus de deux à attendre un voyageur.
Ma voyageuse, elle vient des Alpes, et ce soir elle s'envole vers la Nouvelle Zélande.
Nous cherchons la consigne: on nous donne plusieurs versions du chemin à prendre. Après un tour complet du niveau -1, on trouve enfin le niveau -1 fantôme, dans lequel se trouve la fameuse consigne.
Après s'être rassasiées à la Chandelle Verte, nous voilà à déambuler dans les rues de Paris, sous la pluie, puis sous la grêle. Elle va partir, ce soir, à l'autre bout de la planète, et en attendant, nous déambulons, dans le métro, dans les rues.
Quelque-part dans le métro, notre vue est attirée par quelques phrases publiées par la RATP, un sommet:
"La nuit,
On ne peut pas voir la nuit
Parce-qu'il fait nuit."
(Eclat de rire partagé.)
Voilà un an qu'elle n'est pas venue à Paris et elle veut voir Montmartre. Lorsque nous arrivons là-haut, je regrette l'absence totale de réactivité de mon esprit. Bien sûr que Montmartre en avril, c'est insupportable. Ca pue le touriste, l'appareil photo, les lunettes fashion et le décor en carton pâte, même si c'en n'est pas. Il n'y a guère qu'en novembre sous l'orage que ça peut être chouette.
Nous voilà maintenant dans le quartier latin et nous sommes trois désormais. On se promène dans le marais et puis c'est déjà l'heure d'aller récupérer les bagages à la gare de Lyon, puis d'accompagner la voyageuse sur le quai du RER B.
Pas de longs adieux, juste hâte sans doute que notre tour vienne.

(* "Il n'y a rien de plus difficile à consoler qu'un paysage désolé." Pierre Dac, Arrières pensées, maximes inédites)



C'est un cygne!

Trouvé hier, plus ou moins caché dans une étagère à hauteur de genou (ou de cheville, c'est selon) de la librairie Mantevilloise, ce modeste petit livre intitulé:
"La poésie du rail, petite apologie du voyage en train".
En guise d'introduction, ces quelques mots de Patrick Modiano (l'auteur, un certain Baptiste Roux, prof agrégé, nous est présenté comme spécialiste du-dit Modiano):

"Si l'on habite près d'une gare,
cela change complètement la vie.
On a l'impression d'être de passage.
Rien n'est jamais définitif.
Un jour ou l'autre, on monte dans un train."

Alors? Eh bien, ça marche aussi bien sûr, si l'on habite en face d'une gare où ne s'arrêtent que des trains de banlieue. Car ils se traînent quand-même jusqu'à Paris, et de Paris, toutes les routes mènent nulle-part et partout.

lundi 27 avril 2009

Au fond de la bibliothèque...


"Dans la craie de l'école il y a une machine à coudre; les petits enfants secouent leurs boucles de papier argenté. Le ciel est un tableau noir sinistrement effacé de minute en minute par le vent. "Vous savez ce qu'il advint des lis qui ne voulaient pas s'endormir" commence le maître, et les oiseaux de faire entendre leur voix un peu avant le passage du dernier train. La classe est sur les plus hautes branches du retour, entre les verdiers et les brûlures. C'est l'école buissonnière dans toute son acception. Le prince des mares, qui porte le nom d'Hugues, tient les rames du couchant. Il guette la roue aux mille rayons qui coupe le verre dans la campagne et que les petits enfants, du moins ceux qui ont des yeux de colchique, accueilleront si bien. Le passe-temps catholique est délaissé. Si jamais le clocher retourne aux grains de maïs, c'en sera fini des usines même et le fond des mers ne s'illuminera plus que sous certaines conditions. Les enfants brisent les vitres de la mer à cette heure et prennent des devises pour approcher du château. Ils laissent passer leur tour dans les rondes de nuit et comptent sur leurs doigts les signes dont ils n'auront pas à se défaire. La journée est fautive et s'attache à ranimer plutôt les sommeils que les courages. Journée d'approche qui ne s'est pas élevée plus haut qu'une robe de femme, de celles qui font le guet sur les grands violons de la nature. Journée audacieuse et fière qui n'a pas à compter sur l'indulgence de la terre et qui finira bien par lier sa gerbe d'étoiles comme les autres quand les petits enfants rentreront, l'oeil en bandoulière, par les chemins du hasard. Nous reparlons de cette journée entre haut et bas, dans les cours royales, dans les imprimeries. Nous en reparlerons pour nous en taire."


André Breton, Poisson soluble

La définition du lundi

On utilise souvent des mots sans les connaître vraiment.
Suite à une interrogation collective, puis consultation du Petit Robert il y a à peine 2 minutes, je puis affirmer que le terme de bringue signifie "cheval mal bâti". (Oui, il existe un terme spécifique pour les chevaux mal bâtis, c'est comme ça.)
Ainsi, lorsque vous apostrophez affectueusement votre fille, soeur ou autre, en la traitant de grande bringue, sachez quand même que vous la traitez de grand cheval mal bâti (et par extension, grande fille dégingandée).
C'est important (ou pas) de savoir également que dégingandée ne prend pas de u après le premier g, le premier g de dégingandée se prononçant donc j...
Moi, j'avais toujours dit "déguingandée".
On n'en apprend tous les jours...

dimanche 26 avril 2009

Mantes la Ville, dimanche matin

Mantes je t'apprivoise, lorsque de bon matin la tête embrumée je retraverse tes rues endormies, quand seuls les oiseaux affairés dans tes petits jardins couvrent la rumeur lointaine, quand là-bas apparaît la collégiale sous les nuages et que de fines gouttes de pluie commencent à tomber.

vendredi 24 avril 2009

L'écho de Mathilde

Extraits:

LE PIGEON

Ventre nourri de grain, descends de ce côté,
Ventre saint gris de pigeon...

Comme un orage pleut, marche à très larges serres,
Surplombe, empiète le gazon,
Où d'abord tu as rebondi
Avec les charmants roucoulements du tonnerre.

Déclare-nous bientôt ton col arc-en-ciel...

Puis envole-toi obliquement, parmi un grand éclat
d'ailes, qui tirent, plissent ou déchirent la couverture de
soie des nues.


LE PLATANE

Tu borderas toujours notre avenue française pour ta simple membrure et ce tronc clair, qui se départit sèchement de la platitude des écorces,
Pour la trémulation virile de tes feuilles en haute lutte au ciel à mains plates plus larges d'autant que tu fus tronqué,
Pour ces pompons aussi, ô de très vieille race, que tu prépares à bout de branches pour le rapt du vent,
Tels qu'ils peuvent tomber sur la route poudreuse ou les tuiles d'une maison...Tranquille à ton devoir tu ne t'en émeus point:
Tu ne peux les guider mais en émets assez pour qu'un seul succédant vaille au fier Languedoc
A perpétuité l'ombrage du platane.


LA RADIO

Cette boîte vernie ne montre rien qui saille, qu'un bouton à tourner jusqu'au proche déclic, pour qu'au-dedans bientôt faiblement se rallument plusieurs petits gratte-ciel d'aluminium, tandis que de brutales vociférations jaillissent qui se disputent notre attention.
Un petit appareil d'une "sélectivité" merveilleuse! Ah, comme il est ingénieux de s'être amélioré l'oreille à ce point! Pourquoi? Pour s'y verser incessamment l'outrage des pires grossièretés.
Tout le flot de purin de la mélodie mondiale.
Eh bien, voilà qui est parfait, après tout! Le fumier, il faut le sortir et le répandre au soleil: une telle inondation parfois fertilise...
Pourtant, d'un pas pressé, revenons à la boîte, pour en finir.
Fort en honneur dans chaque maison depuis quelques années - au beau milieu du salon, toutes fenêtres ouvertes - la bourdonnante, la radieuse seconde petite boîte à ordures!

Francis Ponge, Pièces
(Petite note personnelle à propos de LA RADIO: il parle de France Inter là, non?...)

jeudi 23 avril 2009

J'aime-pas-les-commerciaux-

Dégage tes sales tentacules de là, tu pues le parfum industriel
M'approche pas recule d'un pas, m'appelle pas par mon prénom on se connait pas
Me regarde pas droit dans les yeux avec ton regard-d'acier-faussement-bienveillant, on me la fait pas à moi, ta carte de visite tu peux te la foutre dans ton attaché-case, j'm'en fous j't'appelerai jamais, qu'est-ce que tu veux que je te raconte? Qu'est-ce que tu veux essayer de me refourguer avec tes airs mielleux et ta chemisette repassée? Casse-toi
Les gens comme toi j'ai rien à leur dire, tu le sais hein tu veux me déstabiliser avec ta poigne de fer et ton sourire-d'acier-faussement-bienveillant, mais moi je sais, je sais que t'es pas un humain, juste un robot cloné au service d'une multinationale, tu "passais là par hasard" que tu dis, mais dégage sale cyborg! Dégage!

Dans ta maison

On est chez toi et je ne te connais pas encore. Chez toi je m'y sens bien.
Chez toi je m'y sens mieux que chez moi, parce-que je découvre que la chaleur existe.
Chez toi j'ai découvert que la chaleur, dans mon modeste logis, pouvait entrer.

mercredi 15 avril 2009

Jour de chance

La nuit dernière, 1h38.

Tâtonnements dans le noir pour tenter de trouver la lampe de chevet.
Lorsque je regagne mon lit après être allée chercher un "twibio" (faim nocturne!), j'aperçois, sur le bord du lit contre le mur, une araignée immobile.
"Et merde!", me dis-je. L'araignée dépasse de loin la taille de pattes réglementaire pour que je puisse envisager avec elle une cohabitation pacifique.
Je décide d'aller chercher un verre et me saisis du dernier numéro de La Hulotte sur les frelons, puis m'approche doucement de l'araignée qui n'a pas bougé d'un millimètre.
Evidemment, je la loupe et elle disparaît sous le lit.
Je m'imagine poireautant deux heures durant, mon verre d'une main et La Hulotte de l'autre. Mais la patience me faisant défaut à cette heure tardive, je décide d'opter plutôt pour le Clac'insectes.

Pschhhhhhh.......Pschhhhhhhh.......Pschhhhhhhhhhhhhhh.....................(léger sentiment de honte m'assaillant )
"J'aime l'araignée et j'aime l'ortie,
Parce-qu'on les hait;
Et que rien n'exauce et que tout châtie
Leur morne souhait(...)", disait Victor Hugo.

L'air est devenu totalement irrespirable. Je barricade l'entrée de ma chambre avec du répulsif, puis vais me recoucher, cette fois dans le clic-clac.
Bizarre impression d'être invitée chez moi.
"BZZZZZZZZZ", fait le compteur au dessus de ma tête. Mais je parviens tout de même à me rendormir.

Ce matin, de bonne heure.
Après un petit-dèj un peu austère, économies obligent, je décide de profiter de l'occase pour "ranger ma chambre".
J'ouvre grand la fenêtre, soulève draps et couvertures, puis le matelas, balaye toute la poussière. Mais pas la moindre trace d'araignée, rabougrie ou vivante.
J'en conclus qu'elle a dû aller se planquer dans un quelconque interstice.
Mais je continue malgré tout de balayer la pièce qui se trouve être dans un état relativement innommable.
Et c'est là que, soulevant mon sac à dos posé dans un coin pour virer les moutons de poussière entassés dessous, je découvre mon araignée, planquée dans un des seuls endroits épargnés par l'attaque de la nuit dernière.
Elle file aussitôt vers le lit. Je retourne chercher mon verre et La Hulotte, et là, j'arrive enfin à l'attraper, sans pousser de hurlements ridicules. Puis je lui rends sa liberté en la jetant parmi l'herbe et les pissenlits.
"C'est ton jour de chance arachnide!", lui lancé-je avant de refermer la fenêtre.

samedi 11 avril 2009

Pour M.

COMPLAINTE DE LA MER...

Complainte de la mer
dans le fracas du vent
Tout ce qu'elle vocifère
et qu'elle chante en rêvant
dans les sables mouvants
Tout ce qu'elle tait soudain
Silencieuse
étale
et plate calmement

J.Prévert (Soleil de Nuit)

jeudi 9 avril 2009

Pour La Fauvette

J'ai cru bêtement que c'était ma p'tite collègue qui l'avait écrit, ce poème. Mais non, la tricheuse! Elle a tout recopié dans un livre de Victor Hugo!!!
Gnark gnark gnark...


Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe,
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleurs.

-Victor Hugo - "Les contemplations"

lundi 6 avril 2009

Retour

Par dessus la Seine ensoleillée
je me suis retournée et j'ai vu
ces belles falaises sauvages un peu plus loin
ces instants de répit restés là-bas
dans l'herbe au milieu des buissons en fleurs
Train, file vite,
que je retrouve mon aujourd'hui

Souvenir doré de l'école primaire

EN SORTANT DE L'ECOLE

En sortant de l'école
nous avons rencontré
un grand chemin de fer
qui nous a emmenés
tout autour de la terre
dans un wagon doré
Tout autour de la terre
nous avons rencontré
la mer qui se promenait
avec tous ses coquillages
ses îles parfumées
et puis ses beaux naufrages
et ses saumons fumés
Au-dessus de la mer
nous avons rencontré
la lune et les étoiles
sur un bateau à voiles
partant pour le Japon
et les trois mousquetaires des cinq doigts de la main
tournant la manivelle d'un petit sous-marin
plongeant au fond des mers
pour chercher des oursins
Revenant sur la terre
nous avons rencontré
sur la voie de chemin de fer
une maison qui fuyait
fuyait tout autour de la terre
fuyait tout autour de la mer
fuyait devant l'hiver
qui voulait l'attraper
Mais nous sur notre chemin de fer
on s'est mis à rouler
rouler derrière l'hiver
et on l'a écrasé
et la maison s'est arrêtée
et le printemps nous a salués
C'était lui le garde-barrière
et il nous a bien remerciés
et toutes les fleurs de toute la terre
soudain se sont mises à pousser
pousser à tort et à travers
sur la voie du chemin de fer
qui ne voulait plus avancer
de peur de les abîmer
Alors on est revenu à pied
à pied tout autour de la terre
à pied tout autour de la mer
tout autour du soleil
de la lune et des étoiles
A pied à cheval en voiture et en bateau à voiles.

(J. Prévert, Histoires)

(Et comme le chantait Bourvil: "à pied, un deux, à cheval, hi-han, à cheval et en voiture"...)


dimanche 5 avril 2009

Tentacules internétiques

Lu dans le dernier numéro du journal La Décroissance, dans une page intitulée "Contre la wifisation du monde":

"Ubiquité
La wifisation permet d'être partout connecté tout étant nulle-part présent. Regardez ces zombis qui parcourent leurs vies un casque sur la tête, regardez ces chimères qui hantent les trains un ordinateur portable sans cesse allumé, regardez ces deux personnes qui se parlent tout en tapotant chacune sur le clavier de leur portable...Etre ici et ailleurs. Partout et nulle-part."

Voilà qui résume assez bien le monde de tarés dans lequel nous vivons. "Partout et nulle-part".

No comment

Le temps
mène la vie dure
à ceux qui veulent le tuer.

(J. Prévert, Fatras)

lundi 30 mars 2009

Back?

Hier soir.
C'était tout petit, ça avait des antennes et des ailes. C'était au nombre de deux. Ca se balladait près des plaques électriques. Ca croyait s'en sortir comme ça. Ca s'est fait asperger de Clac'insectes vite fait bien fait. C'en était peut-être pas, mais dans le doute. Et puis ça fait bientôt 3 mois que les adultes se sont fait refroidir, les oeufs épargnés ont eu le temps d'éclore, alors ça coïncide.
J'ai tout balayé-nettoyé-essuyé. J'ai vaporisé du répulsif dans les recoins. J'ai ressorti mes deux derniers pièges.
Ce matin.
J'ai fait irruption dans la cuisine, volets encore fermés, j'ai allumé brusquement la lumière et me suis précipitée sur les lieux du meurtre, prête à dégainer le Clac'insectes en poussant un cri de guerre. Mais rien.
Rien qu'une pauvre araignée coincée dans l'évier. Je l'ai mise dans un verre (elle n'était pas trop grosse), et puis je l'ai foutue dehors.

(To be continued (ou pas.))

dimanche 29 mars 2009

Haïku

Fin de mois sans lune
J'enlace un cyprès de mille ans
En pleine tempête

(Matsuo Bashô, Cent cinq haïkaï)

"Le terme de remord serait plus approprié"

Je t'ai retrouvé encore une fois le Taciturne.
Où on était je n'en sais rien. Devant nous il y avait la mer, le soleil m'éblouissait et pourtant il descendait déjà sur l'horizon. On venait d'arriver dans cette petite ville et le jour touchait à sa fin.
Je t'ai parlé de choses et d'autres et toi, tu n'étais déjà plus là. Le moi de maintenant s'est superposé au moi d'alors, et alors j'ai vu, j'ai vu qu'il était trop tard.

vendredi 27 mars 2009

"Merci, France Télécom..."

Ta voix à l'intérieur de ce fil semble si proche
Juste un fragment de toi
On parle à des morceaux de plastique
Nos mots veulent dire mais ne disent rien
Raccrochons tout de suite
Et laissons nous vivre.

dimanche 22 mars 2009

Il s'en passe des choses à mantes la ville un dimanche matin.

Ce matin dans la rue, j'ai entendu le chant d'un pigeon ramier. Jusque là, quoi de plus banal?
Sauf que le pigeon là, il avait la voix enrouée.
Moi, c'est la première fois que j'entends un oiseau qui a la voix enrouée.
Enfin, sachant l'importance du chant chez les oiseaux (fonction territoriale notamment), je me suis dit: le pôv', ses congénères risquent bien de se foutre de sa gueule.
Eh ouai, il se passe des petites histoires comme ça, au dessus de nos têtes, sans qu'on s'en rende compte.
J'ai cherché dans divers bouquins mais je n'ai pas trouvé d'infos sur l'enrouement chez les oiseaux (comment se débrouillent-ils pour se préparer un citron chaud par exemple?)
En revanche j'ai trouvé , dans le Guide des chants d'oiseaux d'Europe occidentale, d'autres infos hyper utiles, comme la traduction en langage humain de certaines ritournelles d'oiseaux.

Exemples:
La Caille des blés: "paies tes dettes, paies tes dettes..."
Le loriot d'Europe: "elles mûriront..."(en parlant des cerises qu'il apprécie)
Le Pouillot Fitis: "dis, dis, dis-le moi, si tu ne m'aimes pas, dis-le moi!"

Mouai...si on veut...

jeudi 19 mars 2009

Encore une citation

(Va falloir que je trouve comment on fait pour ranger les messages par libellés mais aujourd'hui il fait beau alors ce sera pas aujourd'hui)
Bref. La citation:
Qui a dit "Personne remplace personne, rien remplace rien"?
Un carambar à gagner pour celui/celle qui trouve.
Heu, en fait non, les carambars c'est pas bio. Donc que dalle à gagner. Vive la décroissance!

pas de titre

"Petit cheminot où es-tu, petit cheminot que fais-tu, pense à moi, besoin de toi..."
Non je plaisante! Vive la grève!

mardi 17 mars 2009

Citation (qui n'a aucun rapport avec le message précédent)

"Si on peut plus utiliser nos canards appelants, c'est comme si qu'on prend la voiture et qu'on roule sans pneus."
(Propos d'un chasseur à la télé, lors d'un JT quelconque)
Pour sûr!

Définition

Dépose-Minutes:
Endroit qui se trouve près d'une gare, dans lequel les gens qui ont trop de temps libre viennent déposer leurs minutes inutiles. (Les gens qui, au contraire, n'ont pas de temps libre, ont la possibilité de venir s'approvisionner en minutes au Dépose-Minutes.)

Gnarf.

Une nuit

C'était dans la cour d'un lycée qui n'existe pas, c'était un soir d'hiver. Dans un préfa, de la lumière, la porte ouverte. Avec une collègue on rentre.
C'est un cours en anglais, et la prof c'est: Janis Joplin.
Elle paraît à peine plus vieille que sur les photos. Elle a l'air sévère. Elle est habillée en hippie, et porte de long colliers en plastique de toutes les couleurs. A la fin du cours je vais la voir et lui demande si elle chante toujours. Elle me dit non. Je lui demande pourquoi. Elle me dit "c'est perso".
Plusieurs fois j'essaie de l'approcher mais elle reste distante. Elle a toute une grappe de pétasses autour d'elle.
Après je monte à l'internat. Les élèves ne sont pas encore là et je visite avec d'autres collègues.
C'est froid ça ressemble à une prison. Arrivée dans la chambre je pique une crise car il y a au moins une dizaine de clébards.
...

lundi 16 mars 2009

Copie blanche

This is called: "Programme A: étudiants de A à D. Nature in Christina Rossetti's Selected Poems.

"Muet comme
une carpe
Pourquoi une carpe?
C'est la première image qui vient à l'esprit
Immobile
Affalé sur une chaise
devant une table d'écolier
l'esprit vide
et ignorant
les yeux hagards
posés sur
les 2 surveillants
qui chuchotent
qui ne sont pas
ignorants
comme des carpes
transpirant
fatiguées.
Il regarde leurs corps
On dirait 2 statues
qui s'animent"

Mont-Saint-Aignan, un 9 septembre.

Après-midi fainéante

En ressortant des vieux cartons rangés au fin fond d'une armoire, dans la maison famililale, j'ai retrouvé ce "poème" sympathique et plein d'amour fraternel. Mon frère était en train de jouer aux "p'tites voitures" dans sa chambre qui jouxte la mienne, ce qui m'avait inspiré ceci:

"Le squelette décoré
D'accessoires inutilement
utiles
Se traîne sur les rotules
en poussant un objet
bruyant
Ses mâchoires s'ouvrent et
claquent
HA-HA-HA il paraît que
c'est drôle"

Eh ouai....

vendredi 13 mars 2009

Image par la vitre

A la gare du Val de Reuil...
Un type en costard/attaché-case descend et s'arrête devant des coquelicots qui poussent sur le vieil asphalte du quai. Il s'approche des fleurs rouges et reste là quelques secondes, prend une série de photos. Puis il s'en va.
Au même moment, un héron cendré survole le train.
Le train repart.
Fin de l'image, le paysage se remet à défiler.

île

Petite fenêtre.
Muret en pierre, petite porte bleue.
Arbres nus qui se balancent.
Le vent s'engouffre dans la maison.
Le soleil perce vaguement à travers les nuages.
Café soluble, vieille nappe à fleurs jaunes et oranges.
France Culture se brouille de temps à autres.
La cheminée est éteinte.

Le chemin longe les rochers noirs sur lesquels s'écrasent les vagues.
Par endroits l'écume s'envole jusqu'au chemin que des goélands survolent en braillant.
Un îlot en face. Rien dessus. La nuit commence à tomber.
Une cabane isolée pour les moutons de l'île. Dedans il y a de la paille et on y est à l'abri du vent.
Les vagues paraissent bien plus énormes qu'elles ne le sont réellement.
Le phare s'est allumé.

(...)

fucking november...

C'est le soir
La cuiller en tournant dans la tasse
se cogne contre les bords
Le son dissonant troublé par l'eau chaude
me rappelle, je ne sais pourquoi
un vieil hiver
Il torture mon esprit comme si
c'était hier
Plus de maison, c'est le soir
et on va retourner dans la campagne inhospitalière
sans eau et sans lumière
Le bruit dissonant de la cuiller
réveille une sourde inquietude
Dans cette forêt au dessus de chez vous
On était montés dans la tour
je ne sais plus si on apercevait la Seine
On allait repartir, sans vous
Bientôt
et retraverser ces plateaux lugubres et immenses
pour retourner là-bas
pas chez moi

dimanche 8 mars 2009

Mesdames, Messieurs, quai Z, attention au passage d'un Ver

Quand j'étais au lycée, je prenais chaque matin le bus qui tortillait à travers la campagne sombre, pour atteindre la "ville" seulement 1h après, alors qu'il faisait encore nuit.
M'était alors venue une image: ce bus froid, sans chauffage, mal éclairé, sillonnant les petites routes de campagne pour ramasser quelques élèves, m'avait fait penser à un ver de terre géant.
Il cheminait, lentement, laborieusement dans la nuit, empreintant parfois des petites routes sinueuses. J'avais l'impression qu'on était seuls dans la nuit, et je m'imaginais qu'on était sous terre. A l'intérieur d'un Ver géant qui ramassait sans but de petits vermisseaux sur son chemin.
Eh bien, cette image je la retrouve quand je vois les trains passer de bon matin, lorsqu'il fait encore nuit. A l'intérieur du Ver qui tortille dans l'obscurité, j'aperçois les silhouettes des gens hagards et je les imagine aussi inexpressifs que l'hôte qui les transporte.

jeudi 5 mars 2009

i like trains

iLiKETRAiNS c'est le nom d'un groupe de post-rock, glané un soir sur un "article" de wikipédia, parmi des dizaines d'autres noms de groupes bizarres. Finalement, le post-rock, c'est assez indéfinissable, et je ne connais même pas iLiKETRAiNS...Mais on comprendra bien pourquoi, après tant de temps passé dans les trains, et désormais un toit au bord de la voie, le pourquoi de ce "nom".
Quand-même, parce-que j'ai pas beaucoup le temps là tout de suite, je voudrais vite fait dire: j'ai toujours trouvé les blogs nazes. L'ère de la communication à tout prix, joignables 24/24, tout le monde peut connaître ta vie en direct. Illusion d'avoir des tas d'amis. Je m'épanche, j'ai l'illusion que cela me fait du bien. Pendant ce temps, je sombre dans la solitude, en faisant semblant que ça n'est pas le cas. Je ne regarde plus les autres, les vrais, ceux dans la rue. Ils me sont antipathiques, et puis, d'abord, chacun sa merde.
Ma vie, misérable, c'est du Moâ-Je, Moâ Je raconte Ma vie sur Mon blog.
Comme d'habitude, je noircis le tableau, mais c'est pour mieux me rappeller tous les travers qui nous guettent.
Comme disait feu le grand Joe Dassin: "Ne me raconte pas ta vie, je la connais, ta solituuuu...deu...."