dimanche 3 mai 2009

Bribes

Mardi. Je suis en vacances. Je marche d'un pas non pressé vers l'autre gare.
Notre Train-Ver bleu avec des sièges pas confortables s'éloigne et glisse en direction de Saint-Lazare. Tiens, on peut voir le haut de mon immeuble sale en passant Mantes Station. Car c'est pas souvent que je ne m'installe pas le long de la Seine. Je suis à droite dans le sens de la marche. Déformation du sens inverse.
Je connais peu ce paysage. Le train est quasiment vide. A travers les vitres sales, j'aperçois des paysages désolés* et hostiles, des paysages de bords de voie, sous le ciel gris. On traverse à allure tranquille des campagnes dénaturées. Immensités planes et tristes, agriculture intensive. L'autoroute. Au bord, les hauteurs de drôles de pylônes, sortes d' insectes géants, des cafards peut-être, leurs trois branches partant des deux côtés du sommet, évoquant les six pattes des indésirables.
Quelque-part, des jardins ouvriers, là, un lapin tout seul au bord de la voie, plus loin, l'autoroute encore.
Vers Poissy, notre train misérable est ébranlé par un Gros Ver Vert de Marchandises.
Puis nous continuons notre chemin vers la capitale.
En passant la Garenne Colombes, on voit la Défense, et j'avais jamais remarqué. J'imagine la population bien sapée traversant les esplanades sous ces bâtiments à l'architecture que l'on dit "belle" et que je trouve glaciale. Je me sens complètement étrangère à tout cela.
On s'approche de Saint-Lazare et les immeubles décatis s'érigent sous le ciel menaçant.
Je passe le temps jusqu'à 13h.
Métro ligne 12. Empruntée il y a quelques années vers le Nord, un an durant vers le Sud à Notre-Dame des Champs. Lamarck je t'aimais mieux quand tu étais moche et que tu n'avais pas perdu ton Caulaincourt. Ligne 12, tes rails hurlent toujours cependant, et c'est tant mieux comme ça.
Au bout d'un wagon, ce message en grand caractère, agressif, de chaque côté des strapontins: "DEVENEZ RADINS, DEVENEZ RADINS"
Il s'agit bien d'une publicité.
Jules Joffrin. Je ne me souvenais plus que c'était là. Dans la rue Ordener je rentre dans une boutique où l'atmosphère anonyme parisienne n'est pas de mise.
(...)
J'arrive à temps à la gare de Lyon. Il est à peine 13h. Je trouve enfin le panneau des arrivées tout au bout, cherche le train en provenance de Grenoble. Les cliquetis du vieux panneau d'affichage tardent à afficher la voie.
Quelques instants avant l'arrivée du TGV, le panneau annonce la voie N.
La voie N, c'est un peu le quai fantôme, à l'écart des autres, tout à droite, dans la pénombre.
La gare est calme et on est à peine plus de deux à attendre un voyageur.
Ma voyageuse, elle vient des Alpes, et ce soir elle s'envole vers la Nouvelle Zélande.
Nous cherchons la consigne: on nous donne plusieurs versions du chemin à prendre. Après un tour complet du niveau -1, on trouve enfin le niveau -1 fantôme, dans lequel se trouve la fameuse consigne.
Après s'être rassasiées à la Chandelle Verte, nous voilà à déambuler dans les rues de Paris, sous la pluie, puis sous la grêle. Elle va partir, ce soir, à l'autre bout de la planète, et en attendant, nous déambulons, dans le métro, dans les rues.
Quelque-part dans le métro, notre vue est attirée par quelques phrases publiées par la RATP, un sommet:
"La nuit,
On ne peut pas voir la nuit
Parce-qu'il fait nuit."
(Eclat de rire partagé.)
Voilà un an qu'elle n'est pas venue à Paris et elle veut voir Montmartre. Lorsque nous arrivons là-haut, je regrette l'absence totale de réactivité de mon esprit. Bien sûr que Montmartre en avril, c'est insupportable. Ca pue le touriste, l'appareil photo, les lunettes fashion et le décor en carton pâte, même si c'en n'est pas. Il n'y a guère qu'en novembre sous l'orage que ça peut être chouette.
Nous voilà maintenant dans le quartier latin et nous sommes trois désormais. On se promène dans le marais et puis c'est déjà l'heure d'aller récupérer les bagages à la gare de Lyon, puis d'accompagner la voyageuse sur le quai du RER B.
Pas de longs adieux, juste hâte sans doute que notre tour vienne.

(* "Il n'y a rien de plus difficile à consoler qu'un paysage désolé." Pierre Dac, Arrières pensées, maximes inédites)



1 commentaire:

  1. la voyageuse en question!!!7 mai 2009 à 22:50

    merci morue...
    que de plaisir de relire ce merveilleux poème sur la nuit, j'y repensais justement...
    Plein de bisous
    PS:patience, ça sera bientôt votre tour!

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