mercredi 15 avril 2009

Jour de chance

La nuit dernière, 1h38.

Tâtonnements dans le noir pour tenter de trouver la lampe de chevet.
Lorsque je regagne mon lit après être allée chercher un "twibio" (faim nocturne!), j'aperçois, sur le bord du lit contre le mur, une araignée immobile.
"Et merde!", me dis-je. L'araignée dépasse de loin la taille de pattes réglementaire pour que je puisse envisager avec elle une cohabitation pacifique.
Je décide d'aller chercher un verre et me saisis du dernier numéro de La Hulotte sur les frelons, puis m'approche doucement de l'araignée qui n'a pas bougé d'un millimètre.
Evidemment, je la loupe et elle disparaît sous le lit.
Je m'imagine poireautant deux heures durant, mon verre d'une main et La Hulotte de l'autre. Mais la patience me faisant défaut à cette heure tardive, je décide d'opter plutôt pour le Clac'insectes.

Pschhhhhhh.......Pschhhhhhhh.......Pschhhhhhhhhhhhhhh.....................(léger sentiment de honte m'assaillant )
"J'aime l'araignée et j'aime l'ortie,
Parce-qu'on les hait;
Et que rien n'exauce et que tout châtie
Leur morne souhait(...)", disait Victor Hugo.

L'air est devenu totalement irrespirable. Je barricade l'entrée de ma chambre avec du répulsif, puis vais me recoucher, cette fois dans le clic-clac.
Bizarre impression d'être invitée chez moi.
"BZZZZZZZZZ", fait le compteur au dessus de ma tête. Mais je parviens tout de même à me rendormir.

Ce matin, de bonne heure.
Après un petit-dèj un peu austère, économies obligent, je décide de profiter de l'occase pour "ranger ma chambre".
J'ouvre grand la fenêtre, soulève draps et couvertures, puis le matelas, balaye toute la poussière. Mais pas la moindre trace d'araignée, rabougrie ou vivante.
J'en conclus qu'elle a dû aller se planquer dans un quelconque interstice.
Mais je continue malgré tout de balayer la pièce qui se trouve être dans un état relativement innommable.
Et c'est là que, soulevant mon sac à dos posé dans un coin pour virer les moutons de poussière entassés dessous, je découvre mon araignée, planquée dans un des seuls endroits épargnés par l'attaque de la nuit dernière.
Elle file aussitôt vers le lit. Je retourne chercher mon verre et La Hulotte, et là, j'arrive enfin à l'attraper, sans pousser de hurlements ridicules. Puis je lui rends sa liberté en la jetant parmi l'herbe et les pissenlits.
"C'est ton jour de chance arachnide!", lui lancé-je avant de refermer la fenêtre.

samedi 11 avril 2009

Pour M.

COMPLAINTE DE LA MER...

Complainte de la mer
dans le fracas du vent
Tout ce qu'elle vocifère
et qu'elle chante en rêvant
dans les sables mouvants
Tout ce qu'elle tait soudain
Silencieuse
étale
et plate calmement

J.Prévert (Soleil de Nuit)

jeudi 9 avril 2009

Pour La Fauvette

J'ai cru bêtement que c'était ma p'tite collègue qui l'avait écrit, ce poème. Mais non, la tricheuse! Elle a tout recopié dans un livre de Victor Hugo!!!
Gnark gnark gnark...


Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe,
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleurs.

-Victor Hugo - "Les contemplations"

lundi 6 avril 2009

Retour

Par dessus la Seine ensoleillée
je me suis retournée et j'ai vu
ces belles falaises sauvages un peu plus loin
ces instants de répit restés là-bas
dans l'herbe au milieu des buissons en fleurs
Train, file vite,
que je retrouve mon aujourd'hui

Souvenir doré de l'école primaire

EN SORTANT DE L'ECOLE

En sortant de l'école
nous avons rencontré
un grand chemin de fer
qui nous a emmenés
tout autour de la terre
dans un wagon doré
Tout autour de la terre
nous avons rencontré
la mer qui se promenait
avec tous ses coquillages
ses îles parfumées
et puis ses beaux naufrages
et ses saumons fumés
Au-dessus de la mer
nous avons rencontré
la lune et les étoiles
sur un bateau à voiles
partant pour le Japon
et les trois mousquetaires des cinq doigts de la main
tournant la manivelle d'un petit sous-marin
plongeant au fond des mers
pour chercher des oursins
Revenant sur la terre
nous avons rencontré
sur la voie de chemin de fer
une maison qui fuyait
fuyait tout autour de la terre
fuyait tout autour de la mer
fuyait devant l'hiver
qui voulait l'attraper
Mais nous sur notre chemin de fer
on s'est mis à rouler
rouler derrière l'hiver
et on l'a écrasé
et la maison s'est arrêtée
et le printemps nous a salués
C'était lui le garde-barrière
et il nous a bien remerciés
et toutes les fleurs de toute la terre
soudain se sont mises à pousser
pousser à tort et à travers
sur la voie du chemin de fer
qui ne voulait plus avancer
de peur de les abîmer
Alors on est revenu à pied
à pied tout autour de la terre
à pied tout autour de la mer
tout autour du soleil
de la lune et des étoiles
A pied à cheval en voiture et en bateau à voiles.

(J. Prévert, Histoires)

(Et comme le chantait Bourvil: "à pied, un deux, à cheval, hi-han, à cheval et en voiture"...)


dimanche 5 avril 2009

Tentacules internétiques

Lu dans le dernier numéro du journal La Décroissance, dans une page intitulée "Contre la wifisation du monde":

"Ubiquité
La wifisation permet d'être partout connecté tout étant nulle-part présent. Regardez ces zombis qui parcourent leurs vies un casque sur la tête, regardez ces chimères qui hantent les trains un ordinateur portable sans cesse allumé, regardez ces deux personnes qui se parlent tout en tapotant chacune sur le clavier de leur portable...Etre ici et ailleurs. Partout et nulle-part."

Voilà qui résume assez bien le monde de tarés dans lequel nous vivons. "Partout et nulle-part".

No comment

Le temps
mène la vie dure
à ceux qui veulent le tuer.

(J. Prévert, Fatras)